INTRANTS

Les semences

Infographie sur les semences

Le pelliculage une technique optimisant les engrais

Locacell Neo Bactéries sur micro-granulés

Locacell Neo les bactéries sur des micro-granulés, vu au microscope électronique

Qu’est ce qu’un intrant ?

 

Intrants en agricultureEn agriculture, on appelle « intrants » les différents produits apportés aux terres et aux cultures, qui ne proviennent ni de l’exploitation agricole, ni de sa proximité. Les intrants ne sont pas naturellement présents dans le sol, ils y sont rajoutés pour améliorer le rendement des cultures.

Les principaux d’entre eux :

  • les produits fertilisants : engrais et amendements,
  • les produits phytosanitaires, de la famille des pesticides : produits utilisés pour l’éradication des parasites des cultures.
  • les activateurs ou retardateurs de croissance,
  • les semences et plants.

Plus généralement on entend par intrant tout produit nécessaire à la marche d’une exploitation agricole. Cela va du matériel agricole aux honoraires du vétérinaire.

Depuis quand parle-t-on d’intrants ?

Les principaux intrants que connaît et utilise notre agriculteur du XXI ème siècle sont progressivement apparus entre les deux guerres avec l’essor de la chimie. La « révolution verte » (1960/1990) a permis dans une logique d’industrialisation (utilisation de céréales à haut potentiel de rendement) l’introduction de plus en plus massive de certains d’entre eux, comme les fertilisants et les phyto. Mais à la fin du XXème siècle une prise de conscience aiguë de la nécessité de préserver l’environnement conduira (automne 2007) au Grenelle de l’environnement, organisé en France. C’est en effet au cours de ce sommet que la décision, entre autres, de réduire pour moitié – en l’espace de 10 ans – l’utilisation des phytosanitaires en cultures sera actée.

On voit ici comment la notion d’ « intrant » en agriculture est apparue et a évolué au cours des cent dernières années.

Combien cette évolution est encore en marche en ce tout début de siècle… Si les intrants sont, au sens le plus large, nécessaires à la marche d’une exploitation agricole –  notre agriculteur ne peut en effet se suffire à lui-même, fonctionner sans faire appel à des éléments extérieurs – la nature de certains des intrants se voit aujourd’hui interrogée, chahutée…

Et si l’image d’Epinal d’un beau poulet né à la ferme, copieusement nourri de vers issus du sol de l’exploitation, picorant exclusivement les céréales y étant produites, semble encore tout droit sortie d’une histoire enfantine, l’agriculteur doit aujourd’hui repenser sa façon d’être et d’agir. Se mettre à la recherche de nouvelles solutions, en quête de nouveaux intrants. Intrants compatibles avec une agriculture économiquement viable et respectueuse sur le long terme des lieux où elle s’exerce.

Interview d’un agriculteur : évolution des intrants et biostimulants

carte culture de l'ail rosePourriez-vous nous présenter rapidement votre parcours et votre exploitation ?

– J’ai orienté mon parcours scolaire vers l’agricole dès la 4éme. Après l’obtention du BEPC j’ai obtenu un BEPA production végétale et Bac Pro CGEA (conduite et gestion exploitation agricole) au lycée de Flamarens à Lavaur (81). Puis en 2003, attiré par le commerce, j’ai continué ma formation en BTS technico-commercial produit alimentaire à l’école supérieure de La Raque Castelnaudary (11).

Suite au BTS après un job d’été dans les bouches du Rhône, je suis embauché en 2005 comme commercial par un grossiste en produit de communication et en 2008 je crée une société en association, de vente de matériel scolaire. C’est en 2011 que j’ai officiellement repris l’exploitation familiale en association avec mon père sur 100ha en production céréalière, ail blanc, ail rose de Lautrec sous Label Rouge. Vous faîtes partie du réseau DEPHY, pour quelles raisons ?

– Suite à la demande au ministère par le syndicat de défense du Label rouge ail rose de Lautrec, un groupe de 8 jeunes agriculteurs Lautrecois est formé. Il me paraissait intéressant d’intégrer ce groupe afin de participer à l’évolution des nouvelles techniques de travail et d’utilisation des produits phytopharmaceutiques.

Faîtes-vous partie d’autres réseaux d’agriculteurs/groupes particuliers ?

– Non écophyto est le seul, pour des raisons de temps disponible ! Avez-vous modifié certaines pratiques depuis votre installation ? – Obligatoirement. Lors de mon entrée dans l’EARL, ma vision des pratiques issues de ma formation, des conseils de mon entourage et de l’expérience de mon père nous a conduit à faire évoluer :

  • les méthodes de travail du sol,
  • les dates de semis,
  • le choix de fertilisation et intrant phyto.

Avez-vous déjà testé des nouveaux produits existants ? Si oui, avec quels résultats ?

– Ce que j’essaye d’apporter à mes productions depuis maintenant 2 ans ce sont des produits que je qualifie « d’aide biologique » ou « Bio stimulant » :

  • multiplication de bactéries du sol,
  • apport de bactéries,
  • mycorhize,
  • oligo élément,
  • osmolyte.

Les résultats sont pour l’instant très aléatoires suivant les produits. J’ai toutefois la conviction qu’ils ne sont pas inutiles et que certains apportent un confort à la culture qui aura un meilleur développement. Des plantes donc plus robustes aux différents stress et maladies. Par conséquent un rendement et une qualité qui en découlent.

Comment vous informez-vous sur les technologies innovantes, nouvelles pratiques ou nouveaux intrants ?

– Le réseau écophyto animé par une technicienne de la chambre d’agriculture, organise plusieurs réunions par an et des visites d’essai bout de champs qui nous amènent à rencontrer de nombreux intervenants et acteurs du métier. Les différents technico-commerciaux qui passent régulièrement nous proposer les nouveautés. Je reçois également 4 revues spécialisées de la presse écrite.

Utilisez-vous aujourd’hui des moyens de luttes biologiques, micro-organismes, activateurs…. ? Quels en sont les bénéfices ou limites ?

– J’utilise plusieurs produits sur ail et blé. Ceux qui attirent le plus mon attention sont ceux qui favorisent le développement racinaire des plantes. En enrobage semence ou en pulvérisation, les premiers résultats sont très encourageants. J’ai encore trop peu de recul pour mesurer les gains de rendements mais ils n’ont pas chuté. Une vision à moyen terme me permettra de sélectionner les produits à intégrer systématiquement à l’itinéraire cultural bien évidement dans la mesure où son application n’est pas très fastidieuse.

Pensez-vous que demain les pratiques vont changer ?

– Les pratiques ont toujours évolué et continueront. Depuis une vingtaine d’années, elles prennent en considération l’impact environnemental et nous obligent parfois à revenir aux fondamentaux et aux méthodes anciennes. L’avancée technologique d’aujourd’hui, et le savoir-faire historique  – je l’espère- nous mèneront à produire plus sain, pour le plus grand nombre, tout en vivant convenablement de son métier.

Merci à Yannick Garibal !

Couverts végétaux : interview d’un spécialiste

Pour un sujet comme les couverts végétaux, nous avons posé les premières questions à un producteur de semences de couverts, un des leaders de ce marché, la société Jouffray-Drillaud. Donnez-nous votre avis et n’hésitez pas à réagir. 

L’interview de Philippe Gratadou

Différents couverts végétaux

Philippe GRATADOU : Directeur Semences à Jouffray-Drillaud.

Pourquoi utiliser un couvert végétal en interculture ?

« Un couvert végétal semé entre 2 cultures (le plus souvent entre une culture récoltée en été et la culture suivante semée au printemps) possède plusieurs fonctions qui dépassent la définition  réductrice de CIPAN  (culture intermédiaire piège à nitrates). On pourrait même les assimiler à des clés à  « six pans » tellement ils sont multifonctionnels ! La capacité à absorber des éléments minéraux est la fonction la plus reconnue, en particulier les nitrates : issus de reliquats post récolte qui, par les pratiques de fertilisation, sont réduits au maximum, mais aussi provenant de la minéralisation naturelle de la matière organique des sols. Cette capacité d’absorption s’étend aussi a d’autres minéraux du sol qui sont nécessaires à sa croissance. Ainsi la production moyenne de 2 t de Matière sèche à l’automne permet de « piéger » sous forme organique : environ 50 kg d’azote, 60 kg de potasse, 15 à 20 unités de phosphores, mais aussi d’autres éléments mineurs et oligoéléments. Ces éléments, en particulier les nitrates, sont soustraits au lessivage lors des pluies d’automne limitant ainsi la pollution des nappes d’eau. Ces éléments minéraux, temporairement piégés, seront restitués à la culture suivante de façon plus ou moins rapide en fonction de la composition C/N du couvert. Plus le couvert sera riche en légumineuse, riche en azote, plus la restitution sera rapide au printemps. Cet apport « gratuit » d’azote pourra contribuer à des gains de rendement voire à des économies de fertilisation azotée.

La 2eme est la limitation du salissement des parcelles :

C’est bien connu, la nature a horreur du vide : si le sol est laissé nu, une végétation principalement constituée d’adventices se développe et nécessite sa destruction avant remise en culture. Un couvert végétal semé permet de couvrir le sol, limitant la levée de mauvaises herbes. Il agit par compétition ou par phénomène d’allélopathie.

D’autres bénéfices peuvent être pris en compte :

  • Le végétal détruit avant le semis de la culture suivante enrichit le sol en matières organiques, et contrairement aux idées reçues, améliore fortement le taux de MO des sols, d’autant plus si cette technique est régulièrement pratiquée dans la rotation.
  • Le couvert peut, si dès le départ on a choisi une composition d’espèces consommables, constituer une source alimentaire d’appoint pour les animaux d’élevage.
  • Le couvert interculture peut aussi être choisi pour créer des ruptures parasitaires voire même réduire le parasitisme. L’exemple le plus connu étant l’utilisation de crucifères anti nématodes précédant la betterave à sucre.
  • On peut aussi réduire certains parasites telluriques par la technique de biofumigation, par broyage et enfouissement de crucifères spécifiques,
  • Un couvert végétal en automne constitue un milieu de biodiversité favorable à la faune sauvage et peut fournir une source alimentaire pour les pollinisateurs.

Les bénéfices sont de plusieurs ordres :

  • Economie d’éléments minéraux par leur restitution ou leur organisation sous forme assimilable : 50 à 100 €/ha,
  • Amélioration de la structure : entraînant des réductions de carburant lors du travail du sol. Dans certaines pratiques sans labour, le couvert peut constituer l’économie de passages de matériel pour la préparation des terres.

Le coût :

Le coût d’un couvert végétal dépend de sa composition et peut varier de 20 à 60 €. Les légumineuses peuvent paraître plus chères à l’achat, mais le retour sur investissement est bien plus important que des espèces plus économiques comme la moutarde, ne serait-ce que par rapport à leur amélioration de la fertilité du sol, pour des gains de rendement plus importants.

Pratiques Culturales :

Sachant qu’un couvert efficace est un couvert réussi, le point important est de réussir l’implantation en adoptant des principes clés.

  • Un minimum de préparation superficielle et un semis qui peut être combiné au déchaumage ; avec un épandeur anti limace. Le semoir à céréales est bien sûr l’idéal pour respecter la profondeur de semis et la répartition des graines.
  • Bien choisir le couvert : la capacité d’absorption n’est pas un critère déterminant, toutes les familles de plantes ont un potentiel très proche de piégeage qui est plus corrélé à la quantité de MS (matière sèche) produite qu’à l’espèce : 25 à 30 unités d’azote par T de MS en moyenne. Le choix du couvert dépend des critères suivants:
  • Dans quelle rotation ?
  • Durée de végétation et date de destruction
  • Objectifs complémentaires : lutte anti nématode, travail de la structure…

Bien sûr le couvert devra être adapté aux contraintes réglementaires locales. Par exemple, l’interdiction de destruction chimique, l’usage de plantes gélives comme la phacélie, certains trèfles… En tout cas, il est nécessaire de retenir des variétés adaptées au sein de chaque espèce. La gamme chlorofiltre : référence du marché, est constituée de mélanges. Une quinzaine de compositions répondent à la majorité des situations.

Développement :

Les couverts se développent (de 1M ha à 1,3 M ha), d’abord en lien direct avec l’obligation de couverture des sols en automne : 100% en zones vulnérables, extension de ces zones… Mais aussi parce que de plus en plus d’agriculteurs prennent conscience des bénéfices, démontrés par des essais longue durée comme celui de THIBIE dans la marne, qui montre des accroissements continus de gain de rendement. Jouffray-Drillaud sélectionne des variétés dédiées à l’usage des couverts végétaux dans différentes espèces dont : l’avoine rude, les vesces : commune, pourpre, velue, pannonie, trèfles, seigle… » Pratique : Une OAD en ligne permettant de choisir le couvert végétal adapté à la culture précédente.

L’eau facteur limitant

L’eau est un facteur essentiel pour l’agriculture. Constitutif des végétaux, elle transporte aussi toutes les substances nécessaires à la plante, mais surtout stabilise sa température par la transpiration. Selon une étude présentée à la session du 5 mai 2010 à l’académie d’agriculture(*) les causes du plafonnement du rendement du blé en France sont d’abord d’origine climatique et en grande partie liées au manque d’eau au cours du cycle végétatif.

Comment faire face au stress hydrique pendant les stades clés de nos cultures ?L'eau en agriculture

L’eau est le vecteur des éléments nutritifs.

L’efficacité de la fertilisation azotée est liée à la présence d’eau. L’azote solubilisé dans la solution du sol est « pompé » par la plante suite à l’évapotranspiration. Sans eau, pas d’azote !! Il faut raisonner sa fertilisation en fonction des conditions climatiques. Mais comment tenir compte d’un facteur météo si peu prévisible au-delà de la semaine dans les décisions de fertilisation? Même si la fertilisation foliaire ne peut pas remplacer les apports au sol, peut-elle prolonger l’attente des pluies ? Peut-on parler de « nutrition » foliaire ?

Il semblerait que ce soit plus une stimulation

visant à relancer la « pompe » à azote, solution à préconiser uniquement en cas de présence d’eau dans le sol au moins en profondeur. En cas de stress hydrique fort, les apports fertilisants par voie foliaire peuvent amplifier le stress en relançant la consommation d’eau à un moment où les économies sont indispensables !

L’eau régule la température

La majorité de l’eau transitant dans les végétaux sert à évacuer le « trop-plein » d’énergie solaire et lui assure la survie. Comme pour l’être humain, les hausses de température interne sont évacuées grâce à la transpiration : l’eau se transformant en vapeur générant du froid. Les cultures consomment de très grandes quantités d’eau. Par exemple, il faut 300 à 700 tonnes d’eau pour produire une tonne de matière sèche de blé ! Face aux besoins croissants en eau pour sauvegarder les rendements, la solution idéale est-elle l’irrigation ? A peine 25% des surfaces de maïs sont irriguées en France. Cependant, il est peu probable que nous réussissions à augmenter la part d’irrigation car elle entre en compétition avec l’activité humaine et la sauvegarde des milieux aquatiques. Les enrouleurs qui arrosent nos maïs ont bien mauvaise presse !

Les méthodes et le pilotage de l’irrigation peuvent-ils être améliorés ?

Des idées nouvelles naissent, comme le goutte-à-goutte sur maïs ! Même si piloter l’irrigation n’est pas nouveau, des méthodes permettent de prévoir le stress hydrique en prenant en compte la réserve utile du sol, la climatologie… Ces OAD (Outils d’Aide à la Décision) peuvent permettre aussi de déclencher un apport de Glycine-bétaïne avant que les symptômes foliaires n’apparaissent, causant des dommages ou des pertes de rendements irrémédiables.

Améliorer la structure du sol

consiste aussi à maintenir ou augmenter la capacité du sol à garder une réserve utile en eau la plus élevée possible. Nous savons aujourd’hui que la structure du sol est très liée à la vie biologique : des vers de terres, bien connus, qui creusent les galeries et aèrent nos sols, aux micro-organismes (bactéries, champignons) qui sécrètent des « colles naturelles » ou « biofilm ». Ces derniers collent les agrégats du sol entre eux et le rendent plus poreux. La résistance au stress hydrique, c’est aussi augmenter le volume de sol « explorable » par les racines et les mycorhizes (prolongation racinaire) et permettre à l’eau de pénétrer dans le sol en évitant son ruissellement (limiter la compaction et les passages de matériel agricole).

Certains couverts végétaux…

permettent aussi de décompacter les sols et bien sûr de favoriser la vie biologique. Ce sujet fera l’objet d’un prochain article. Une autre piste de réflexion pour améliorer la tolérance au stress hydrique est l’amélioration génétique, voire même la précocité variétale. L’eau : préoccupation quotidienne des agriculteurs du monde entier, reste un sujet majeur de recherche et d’expérimentation. Source(*) Philippe Gate, ARVALIS, avec la collaboration de Nadine Brisson, INRA Avignon, et David Gouache, ARVALIS.